Communiqué de l’Association Française de Criminologie

Pierre-Victor Tournier est décédé le 23 octobre 2026 à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière où il était soigné depuis plusieurs semaines, suivi de près par ses deux filles, Anne et Florence, ses gendres et ses petits enfants.
Il était né le 16 juillet 1950 à Chartres, et ne s’était jamais remis du décès de son épouse Edith, le 27 juillet 2020. Atteinte de la maladie de Charcot, il s’était entièrement consacré à elle durant ces 3 années de maladie. Ceux et celles qui ont connu Pierre se souviennent que durant toutes ses activités militantes, elle l’accompagnait.

L’AFC ne serait pas ce qu’elle est devenue aujourd’hui sans l’élan qu’il lui a donné depuis qu’il l’a présidée à la suite de l’AG de 1999 jusqu’à 2005, et dont il est ensuite devenu président d’honneur.
Pierre-Victor Tournier a exercé plusieurs responsabilités pour la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP) en tant que chercheur à partir de ses compétences de démographe du pénal et en particulier des peines et de la prison. Il a écrit un nombre considérable de livres et d’articles sur ces sujets et sur son blog .

Ce qui importe aujourd’hui, c’est de poser quelques jalons pour réaliser et comprendre ce que son travail, son talent, ses intuitions et son engagement ont apporté à la criminologie si mal connue et négligée au moment où elle parait si indispensable pour appréhender le monde d’aujourd’hui, ses formes de délinquance, et mettre en œuvre les recherches de nature à y apporter des réponses à la fois justes et efficaces.

Quelques points de repères sur l’apport de PVT à l’AFC :

Il a été élu en 1994 au conseil d’administration de l’association.
Dès sa création en 1965, le principe avait été posé par ses créateurs : la criminologie était caractérisée par la multiplicité des disciplines qui la constituait et permettait d’appréhender le phénomène criminel, ses causes et de définir les réponses à y apporter. Elle a donc toujours été présidée des professionnels du champ pénal très divers : commissaires de police, psychiatres, universitaires de différentes disciplines… et quand Pierre a été élu président en 1999 une nouvelle discipline est survenue, celle qu’il pratiquait en tant que directeur de recherches au CNRS, la démographie.
Depuis elle est devenue un outil fondamental de la définition des politiques pénales et pénitentiaires, dont on regrette encore qu’il ne soit pas mieux utilisé et partagé entre les
différents rouages des politiques pénales.

Pierre a exercé au sein du CESDIP entre autres, et ses fonctions d’expert démographe pour l’administration pénitentiaire de 1979 à 1984, puis en devenant l’expert du Conseil de l’Europe dans ce domaine, dont on mesure encore actuellement l’intérêt.
Il avait eu aussi l’idée géniale, dans la foulée de ses recherches, de créer une association en 1993 « Pénombre » qui avait pour objet de réfléchir à l’usage des données chiffrées et statistiques dans les politiques publiques, mais également dans les débats de société et les médias.
Outre l’apport de ses compétences scientifiques, Pierre a eu le mérite de théoriser les enjeux du croisement de toutes les disciplines constitutives de la criminologie et de promouvoir le mouvement vers sa reconnaissance comme discipline universitaire.

On sait malheureusement qu’en dépit de ses efforts pour rassembler des universitaires du droit, de la psychiatrie entre autres de plusieurs universités, ce projet n’a pu aboutir pour des raisons de tous ordres. Reste le livre de référence à ce sujet de Pierre Victor Tournier : « La Babel Criminologique, Sortir de l’exception française » préfacée par Robert Cario (2009, L’harmattan)

Mais Pierre-Victor Tournier est allé au-delà de l’élargissement du champ des disciplines relevant de la criminologie (philosophie, éthique anthropologie etc.) dont on voit bien aujourd’hui avec les multiples formes de la délinquance (narcotrafic, terrorisme, délinquance sexuelle…), que c’était essentiel.
En effet, parallèlement à ses écrits, il a su, par des interventions publiques et en organisant des débats ouverts avec des praticiens divers, mobiliser plusieurs institutions, syndicats et associations pour réfléchir et formuler des propositions d’agencement de ces disciplines clés de la criminologie pour développer ce que nous appelons encore à ce jour la « criminologie appliquée » : il s’agit de faire en sorte que ces analyses débouchent sur des préconisations pour faire en sorte que tout au long du processus pénal, l’articulation entre les institutions, et leurs praticiens recourent à la criminologie de telle sorte que la personne de l’auteur celle de la victime soient « traités » selon le principe de l’émancipation que nous avons posé dans la foulée par opposition à une criminologie de contrôle social et sécuritaire. Et puis, toujours dans cette perspective de décloisonnement, Pierre-Victor TOURNIER a été à l’origine de la mobilisation de la société civile à la culture criminologique et aux réflexions sur les politiques pénales et pénitentiaires : les associations de visiteurs de prison de l’ANVP, d’étudiants du GENEPI (aujourd’hui « Rebonds »), ou l’ARAPEJ ont été associés sous sa houlette pendant de longues années aux réflexions de l’AFC, sans oublier la création de la Bourse Zoumeroff en juin 2000 qui grâce aux dons de son promoteur et au soutien de CRIMINOCORPUS a financé des projets de réinsertion dans plusieurs établissements pénitentiaires.
C’est son investissement et son engagement qui sont à l’origine que souvent l’AFC ait été sollicitée par les ministères, les parlementaires sur des projets de loi, ou par des journalistes sur ce que la criminologie avait à dire sur des phénomènes criminels ou des faits divers.

Pierre-Victor qui a quitté la présidence de l’AFC en 2005 pour laisser la place à Philippe POTTIER, alors DSIP. Quelques années plus tard, il en a été élu président d’honneur.
Il est vraisemblable que ces dernières années, s’il a suivi l’actualité, et après s’être investi à l’époque dans la réflexion ayant débouché sur la création de la peine de « contrainte pénale », Pierre se sera demandé au vu des données chiffrées sur l’état de surencombrement des prisons si tout ce travail a été utile…

Mais l’histoire doit nous conduire à prendre du recul et nul doute que ses travaux et son engagement resteront une balise essentielle pour les réflexions à poursuivre, à l’AFC, et ailleurs.

Les distinctions de PVT :

  • Médaille de l’administration pénitentiaire en juin 1985.
  • Chevalier de l’Ordre National du Mérite en mai 1998
  • Médaille d’honneur du CNRS en 2015.

Dernières fonctions principales (en retraite depuis le 17 juillet 2015)

  • Directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Centre d’histoire sociale du XXe siècle, Unité mixte de recherche 8058, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne : recherches sur les politiques pénales et pénitentiaires dans les sociétés contemporaines (1er avril 2003 –  17 juillet 2015).
  • Responsable du Séminaire de recherche mensuel « Enfermements, Justice et Libertés dans les sociétés contemporaines. Séminaire indisciplinaire » du Centre d’histoire sociale du XXe siècle, Université Paris 1 (2005-2015).
  • Responsable du Pôle d’Archives syndicales et associatives dans le champ justice (ASAJ), Université Paris 1, Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, (2004-2015).

 Principales fonctions antérieures

1976 – Chargé d’études au Centre de sociologie et de démographie médicales, Paris, 1976-1978.
1977 –  Chargé d’enseignement  à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Institut de démographie de l’Université de Paris I (IDUP) : Cours de mathématiques appliquées en  DU, Licence 3 et Master 1 (1977- 2011).
1979 – Chargé d’enseignement à l’Institut supérieur technique outre-mer, ISTOM, Le Havre, 1979 (cours de statistiques appliquées).
1979 – Chargé d’études contractuel à la direction de l’administration pénitentiaire, Paris, 16.3.1979 – 1.2.1980.
1980 – Ingénieur d’études contractuel au Centre national d’études et de recherches pénitentiaires (CNERP, ministère de la Justice), Paris, 1.2.1980 – 1.1.1984.
1983  – Expert scientifique au Conseil de l’Europe (Conseil de coopération pénologique)  créateur, puis  responsable du développement de la Statistique pénale annuelle du Conseil de l’Europe – SPACE I et II, 1983-2002.
1984 – Ingénieur de recherche (2e classe, puis 1ère classe) au CNRS, Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP, UMR  du ministère de la Justice associée au CNRS)­, responsable des recherches en démographie pénale, Paris puis Guyancourt, 1.1.1984 – 1.10.2000.
1985 – Chargé d’enseignement, habilité à diriger des recherches (hdr), à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Institut de démographie de l’Université de Paris I (IDUP) : cours de démographie pénale dans le cadre de l’unité « Populations spécifiques » du master 2 professionnel d’expert –démographe,  (1985 dans le cadre du DESS de démographie – 2010).
1988 – Membre du comité éditorial de Questions Pénales, depuis sa création (octobre 1988 jusqu’en 2002).
1989 – Membre du Jury du Prix Gabriel Tarde (Prix national de criminologie), de 1989 à 1997.
1990 – Membre nommé du conseil d’administration de l’Institut de démographie de l’Université de Paris I (IDUP), mai 1990 – mars 2000.
1992 – Président – fondateur de l’Association Pénombre (juin 1993 – septembre 1998), administrateur (1998-2000),  membre du Conseil élargi (jusqu’en 2006).
1993 – Membre du groupe d’experts scientifiques au Conseil de l’Europe sur « les tendances de la criminalité et de la justice pénale »,  septembre 1993 – avril 1998.
1993 – Membre du groupe d’experts scientifiques au Conseil de l’Europe sur « le surpeuplement des prisons et l’inflation carcérale »,  septembre 1993 – avril 1998.
1993 – Membre du comité de lecture du Bulletin suisse de criminologie,  jusqu’à la transformation de la revue en 2002.
1994 – Membre du conseil d’administration de l’Association française de criminologie, AFC (1994 – 2006), ancien président (janvier 1999 – janvier 2005), membre d’honneur depuis 2005.
1997 – Fondateur de l’Association « Recherches, Confrontations et Projets sur les mesures et sanctions pénales » (RCP), membre du conseil d’administration depuis sa fondation en juillet 1997 jusqu’à la fusion avec l’Association française de criminologie (AFC) en décembre 2000.
1998 –  Chargé de cours en socio-démographie pénale  à l’Université de Lille II Droit & Santé, Institut de criminologie,  certificat d’études pénales et criminologiques,  (octobre 1998 – octobre 2004).
1999 – Expert scientifique au Conseil de l’Europe (Conseil de coopération pénologique), membre du groupe d’experts sur « les libérations anticipées », octobre 1999 – octobre 2002
2000 – Directeur de recherche, 2e classe (IR1 en détachement, intégré en mars 2005)  au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP, UMR  du ministère de la Justice associée au CNRS)­, responsable des recherches en socio-démographie pénale, 1.10. 2000 – 1.4.2003.
2000 – Fondateur et animateur du Collectif « Octobre 2001 » créé à l’occasion du XXe anniversaire de la peine de mort en France (loi du 9 octobre 1981) travaillant sur la thématique « Comment sanctionner le crime, en Europe, dans le respect des droits de l’homme ? » (juin 2000 – avril 2005).
2000 – Chargé de cours en socio-démographie pénale  à l’Université Montesquieu, Bordeaux IV, Master 2  droit de l’exécution des peines  et droits de l’homme, direction de mémoires (octobre 2000 – octobre 2007).
2001  – Membre du Conseil scientifique criminologique du Conseil de l’Europe, 22.6.2001 –22.6.2005.
2001 – Fondateur, co-animateur avec Antoinette Chauvenet (DR CNRS) et Gilles Chantraine (CR CNRS), du collectif de recherche pluridisciplinaire « Mesures pénales, privation de liberté » (CNRS-Université Paris I / CHS XXe siècle, CNRS-EHESS / CEMS, CNRS-Ministère de la Justice / CESDIP et AFC) regroupant environ 30 chercheurs, universitaires et doctorants, (2001-2005).
2002 – Membre du Conseil scientifique et pédagogique de l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire, ENAP-Agen, (janvier 2002 – octobre 2006).
2002 – Chargé de cours en socio-démographie pénale à l’Université de Versailles Saint Quentin-en-Yvelines,  Master 2 « Traitement des données quantitatives et Démographie », spécialité (obligatoire)  « gestion des flux, du personnel et des ressources humaines » (octobre 2002 –  juin 2006).
2003 – Fondateur rédacteur d’Informations criminologiques hebdo, bulletin électronique d’information (avril 2003 – juin 2006), puis d’Arpenter le Champ pénal (2006-2013).
2003 – Expert scientifique au Conseil de l’Europe (Conseil de coopération pénologique), membre du « comité d’experts, sur le traitement des délinquants sexuels dans les établissements pénitentiaires et dans la communauté»,  novembre 2003 – décembre 2004.
2003 – Fondateur représentant légal de la revue électronique et bilingue, membre de la fédération  REVUES.ORG,  CHAMP PENAL / PENAL FIELD. Nouvelle revue française de criminologie / New French Journal of Criminology.  http://champpenal.revues.org  (2003-2005).
2004 –  Membre élu du bureau de la European Society of Criminology (2004-2005).
2006 – Président fondateur de l’Association TETRA. « Criminalité, délinquance, justice, connaître pour agir » (Septembre 2006 – septembre 2007). Trésorier de septembre 2007 jusqu’à la dissolution en décembre 2009.
2007 – Membre nommé par le Président de la République et le Premier Ministre de la mission sur « La formation et la recherche sur les questions de sécurité et les questions stratégiques), présidée par M. Alain Bauer (septembre 2007 – mars 2008).
2007 – Directeur de la session de formation continue « Que sait-on de la récidive des infractions pénales ? » à  l’École nationale de la magistrature (ENM).
2007 – Fondateur et responsable scientifique de l’Ecole de criminologie, « Université Paris 1 – Association de politique criminelle et d’aide à la réinsertion (APCARS), 2007 – 2013.
2008 – Conseiller scientifique auprès de la mission relative aux nouvelles instances concernant « La formation et la recherche sur les questions stratégiques (défense et sécurité), présidée par M. Alain Bauer (depuis mai 2008), nommé  par le Président de la République (mai 2008 – avril 2009).
2009 –  Membre du Comité de coordination de la Conférence nationale de criminologie  mise en place par Mme Valérie Pécresse, Ministre de l’enseignement supérieur et  de la recherche, et présidée par Loick M. Villerbu,  (décembre 2009 – juin 2010).
2010 – Membre du Conseil scientifique du Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégique (CSFRS), section « Gouvernance,  migrations, politiques publiques nationales et internationales » (juin 2010, février 2013).
2010 – Fondateur de l’atelier philosophique « Crime, Justice des hommes et Christianisme » avec Alain Cugno  (janvier 2010 – mars 2013).
2010 – Membre du Conseil d’orientation de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (2010-2013). 
2010 –  Président fondateur de l’Association de réflexion politique sur les questions pénales et criminologiques « DES Maintenant en Europe » (de janvier 2010 à juin 2018), association créée de façon informelle en octobre 2004.
2012 – Chargé d’enseignement en criminologie à l’Ecole nationale supérieure de police (ENSP), Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, (2012-2014). 
2017 – Membre de la commission du livre blanc sur les constructions pénitentiaires mise en place par M. Jean-Jacques Urvoas, garde des Sceaux, ministre de la Justice  (janvier-mars 2017). 

Diplômes

* Diplôme d’Expert démographe de l’Institut de démographie de Paris (IDUP), Université Paris I Panthéon Sorbonne, 1976.
* Maîtrise es sciences mathématiques, Université Paris VI Pierre et Marie Curie, 1978.
* Doctorat de 3e cycle en démographie, Université Paris I Panthéon Sorbonne, 1981 (mention très bien).
* Habilitation à diriger des recherches, mémoire soutenu en Sorbonne le 2 juillet 1996 (Paris I), jury  présidé par Mme Catherine Rollet, professeur à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

Publications 

Près de 600 publications sur la « question pénale », en français, anglais, allemand, catalan, espagnol, italien, hongrois, polonais et roumain : 61 rapports de recherche, 18 ouvrages (direction, co-direction, auteur, co-auteur), 84 participations à un ouvrage collectif, 62 articles dans des revues scientifiques, 35 contributions au Conseil de l’Europe (bilingues) et près de 350 publications diverses (articles de diffusion de la recherche, chroniques, notules, etc.).

Derniers ouvrages parus (2012-2015) :

  • Dialectique carcérale. Quand la prison s’ouvre et résiste au changement, L’Harmattan, (dir.), 2012 ;
  • Enfermements. Populations, Espaces, Temps, Processus, Politique, L’Harmattan (dir.), 2012 ;
  • La prison : une nécessité pour la République, Buchet-Chastel, 2013 ;
  • Une certaine idée de la criminologie, L’Harmattan, (dir.), 2013 ;
  • La question pénale au fil de l’actualité. Chroniques d’outre-nombre, L’Harmattan, 2014 ;
  • Enfermements, Justice et  Libertés, L’Harmattan, 2014 (co-dir) ;
  • Naissance de l’observatoire de la récidive et de la désistance. Un long processus inachevé, L’Harmattan, 2014 ;
  • Naissance de la contrainte pénale. Sanctionner sans emprisonner, 2 volumes, L’Harmattan, 2015.
Catégories : ACTU AFC

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