📍Point n°2


Vers une révolution des décisions pénales ?

Dans la chaîne pénale française, une grande partie des décisions repose encore sur ce que les chercheurs appellent le « jugement professionnel non-structuré ».

Le flair. L’intuition. L’expérience individuelle.

Ce n’est pas de la mauvaise volonté.
C’est l’absence d’un cadre scientifique commun, ce que le monde anglo-saxon résume sous le terme Evidence Based Practices, ou EBP.

🩺 L’approche EBP vient du champ médical.

Elle consiste à fonder les pratiques non pas sur des croyances ou des convictions, mais sur les résultats d’études scientifiques ayant été reconnues comme fiables.

Quand la médecine a adopté ceparadigme, les traitements sont devenus plus efficaces, les diagnostics plus rigoureux, les contradictions entre experts moins fréquentes.

❗️En matière pénale, les enjeux sont au moins aussi importants.
Évaluer un risque de récidive. Orienter une peine. Accompagner une victime.

Ces décisions ont des conséquences directes sur la sécurité publique, sur la vie des personnes condamnées, sur celle des victimes potentielles.

⏰️ La Conférence de consensus sur la prévention de la récidive posait, en 2013, le principe du recours aux savoirs criminologiques en matière pénale.

Dix ans plus tard, la justice n’y recourt toujours pas.

Aux côtés de nombreuses personnalités, l’Association Française de Criminologie appelle à changer de paradigme pour de bon !.
Pour donner aux professionnels les outils qu’ils méritent.
Et pour sauver des vies.

 

📍Point 3

Demain, un outil qui mesure le bon risque ?

La plupart des auteurs de violence domestique récidivent.
La plupart ne tueront pas leur victime.

Ces deux réalités coexistent.
Elles ne disent pas la même chose.

Le risque de récidive et la dangerosité sont 2️⃣ concepts distincts.
La recherche criminologique l’a clairement établi .
Pourtant, les outils utilisés aujourd’hui par les autorités françaises les confondent encore.

❗️Cette confusion a des conséquences concrètes.

Un conjoint violent peut présenter un risque de récidive élevé sans être dangereux au sens du passage à l’acte fatal.

Un autre peut ne présenter aucun antécédent et néanmoins révéler des facteurs liés au féminicide.

🫴 Ces facteurs de dangerosité existent. La littérature scientifique les a identifiés.
Les tentatives antérieures de strangulation.
L’accès à une arme.
La menace précise et répétée de mort.
Le « stalking », ce harcèlement systématique que le droit français peine encore à nommer correctement.
Le contrôle coercitif enfin, avec ses micro-régulations visant à la privation progressive de liberté.

🎯 Former les acteurs de la chaîne pénale à ces distinctions entre récidive et dangerosité, c’est leur donner les moyens de prendre les bonnes décisions et de parler un langage commun.
Non pas prédire l’imprévisible.
Mais identifier ce que la hashtagscience a déjà documenté.

Des vies en dépendent.

📍 Point n°4

La prison permet de protéger la population de personnes qui ont commis une infraction et qui présentent un risque de dangerosité.

Elle n’empêche pas toujours la récidive.
Elle est, pour beaucoup, criminogène.

❗Le consensus international en criminologie tient en une phrase : Non seulement l’incarcération n’a pas d’effet positif sur les personnes, mais c’est le moyen le plus coûteux.

❌ Selon les cas, la prison n’a aucun impact sur la récidive, ou pire elle l’augmente.

Elle prive les personnes incarcérées de leur emploi, de leur logement, mais aussi souvent du soutien social, familial et amical.

Elle emporte même un effet de contamination.

Elle les rend à la société plus fragiles qu’elles n’y sont entrées.

Elle comprend un risque réel : entrer, sortir, entrer, sortir, … sans impact positif sur la délinquance.


🧩 Or, des prises en charge criminologiques efficaces existent.

Ils ont été validés par d’importants travaux scientifiques depuis le début des années 1990.

Ils permettent de traiter les causes de la délinquance : les vulnérabilités individuelles, les problèmes sociaux, familiaux, psychologiques, les distorsions cognitives.

Ils fonctionnent bien mieux en milieu ouvert qu’en détention.

La France dispose de professionnels capables de les mettre en œuvre.
Mais,
Elle ne dispose pas de structures pour les former.
Elle ne dispose pas de moyens suffisants pour coordonner leur action.

Réduire la délinquance, c’est d’abord savoir ce qui fonctionne.
Et l’appliquer.

 

📍 Point n°4 (deuxième volet)

❗Des décideurs formés qui savent ce qui marche

Régulièrement, des politiques proposent des dispositifs militaires pour « sortir les jeunes de la délinquance ».

La littérature scientifique est sur ce point abondante et imparable.

Contraindre des jeunes à vivre au rythme militaire ne réduit pas leur délinquance.
Ces interventions l’augmentent systématiquement.
L’effet n’est pas nul. Il est nuisible.

👉 Lorsque ces dispositifs incluent un traitement social, psychologique et criminologique, ils peuvent devenir efficaces.
Mais l’efficacité ne vient pas du cadre militaire.
Elle vient du traitement.

On aurait obtenu le même résultat sans l’uniforme.

👉 En revanche, lorsque les jeunes rejoignent l’armée volontairement, celle-ci peut représenter une opportunité réelle de réduction du risque de délinquance.

Le même cadre. Deux effets opposés.
La différence : l’adhésion.

🎯 Ce que la criminologie enseigne ici n’est pas abstrait.
C’est ce qui permet de distinguer une politique efficace d’une politique coûteuse et contre-productive.

Former les décideurs à ces données, voilà ce que permettrait une filière universitaire de criminologie en France.

 

📍Point n°5

👛 Utiliser les deniers publics à bon escient

🤔 L’argent des programmes d’intervention au pénal : comment est-il utilisé ?

En France, les pouvoirs publics financent des programmes de lutte contre la délinquance … au rythme de l’actualité médiatique.

Terrorisme, violences domestiques, délinquance sexuelle, désordres dans les quartiers : à chaque thématique, des fonds sont débloqués.

Et lorsque l’actualité médiatique bouge, souvent, les fonds bougent aussi.

❌ Ces programmes ne s’appuient pas sur les connaissances criminologiques disponibles.

Ils reposent sur la dernière « bonne idée » du moment, ou sur une culture professionnelle ancrée, sans remise en question.

❗Et surtout, aucune évaluation rigoureuse n’est jamais réalisée.

Ni prévue, ni budgétée, ni rendue possible institutionnellement.

Si ces programmes ne fonctionnent pas, leur caractère temporaire peut être une économie.

Mais s’ils fonctionnent, les interrompre parce que l’actualité a changé de cap est une faute :
Une faute coûteuse
👉 pour les citoyens,
👉pour les victimes qui auraient pu être protégées,
👉pour les délinquants qui auraient pu être pris en charge.

Le problème est que nous ne pouvons pas trancher.

Parce que personne n’a construit les outils pour le savoir.

🎯 Ce que l’AFC demande ?
👉Que les programmes pénaux s’appuient sur la hashtagscience avant d’être lancés
👉Qu’ils soient évalués par des chercheurs indépendants après leur mise en œuvre
👉Et que les financements soient pérennes plutôt que dictés par le calendrier médiatique.

💡Des facultés de criminologie formeraient les chercheurs capables de rendre cela possible.

 

📍 Point 7

🎯 Améliorer la qualité des informations aux magistrats

Ce qui manque au juge.

Un homme d’une cinquantaine d’années se présente en audience de comparution immédiate.
Multiréitérant.
Vol dans un magasin : des bouteilles d’alcool.

Le tribunal dispose de peu : un casier judiciaire chargé, une mesure de semi-liberté en cours, pas de logement stable.
Les faits sont simples, et reconnus.

Il condamne à une courte peine d’emprisonnement avec mandat de dépôt.

Ce que le tribunal n’avait pas comme éléments :
👉 Cet homme avait entamé des soins pour son addiction à l’alcool.
👉 Il était soutenu dans sa recherche active de logement.
👉 Il s’était inscrit dans un travail de longue haleine avec son conseiller d’insertion et de probation et motivé à trouver une issue à son parcours de délinquance.
👉 Ses infractions, longtemps fréquentes et graves, étaient devenues rares et mineures.
Un processus de désistance que la criminologie sait identifier.

Et que les dossiers d’audience ne transmettent pas toujours.

🚩 Cette scène illustre une lacune structurelle.

Les magistrats reçoivent des « enquêtes sociales rapides » narratives, fondées sur les déclarations du prévenu, rarement vérifiées, faute de temps ou de réponse dans des délais courts.

Aucune évaluation criminologique n’y figure.

Aucun outil structuré ne mesure le risque réel de récidive, ni les leviers d’intervention possibles.

Or aujourd’hui, la criminologie dispose de ces méthodes.

Le modèle Risque-Besoins-Réceptivité RBR, validé dans la plupart des pays occidentaux, permet de calibrer l’intensité d’une intervention selon le risque réel, de repérer les facteurs qui entretiennent la délinquance, d’intervenir à la mesure des besoins identifiés.

Une donnée essentielle de ce modèle consiste précisément à éviter qu’une intervention trop importante par rapport au risque de récidive s’avère contre-productive en générant de la délinquance au lieu de la réduire.

Organiser la chaîne pénale pour permettre aux magistrats de disposer d’évaluations criminologiques fiable avant de rendre des décisions constituerait un changement majeur.

🎯 Un magistrat bien informé est un magistrat dont la décision gagne en validité et en efficacité.

C’est une condition de la qualité de la justice.

📍Point n°8

Tous les signaux étaient là.

Il la suivait en voiture. Il se présentait à son lieu de travail. Il avait conservé ses documents d’identité et moyens de paiement.
Il lui envoyait des centaines de SMS, alternant menaces et flatteries.
Il avait déjà tenté de l’étrangler, deux fois.
Il lui avait promis sa mort, en lui décrivant comment il s’y prendrait. La police avait été informée.

Une seule mesure prise : l’éloignement avec interdiction de contact.

Il était déjà sous contrôle judiciaire.

II l’a tuée, à coups de couteau.

Ce cas illustre ce que la criminologie nomme des facteurs de dangerosité : séparation, menaces, précises et réitérées, tentatives d’étranglement, « stalking » et contrôle coercitif.

🚩 Chacun de ces éléments est un signal.
Réunis, ils constituent un tableau que la criminologie moderne sait lire et évaluer.

Encore faut-il que les acteurs du système pénal soient formés pour pouvoir le faire.

❗Aujourd’hui, l’orientation pénale repose principalement sur des critères juridiques, avec une gradation des réponses selon les antécédents.

🎯 La criminologie offre autre chose : une évaluation du risque, une lecture des facteurs de dangerosité documentés et validés par la hashtagrecherche, même lorsqu’il s’agit de la première violence dénoncée.

Ce savoir existe depuis des décennies.
Mais il est peu utilisé, peu diffusé.

👉 En dotant les tribunaux les moyens de réaliser une évaluation criminologique à des professionnels solidement formés à la criminologie, il est possible d’appréhender ces enjeux et d’améliorer le traitement judiciaire de ces crimes du quotidien.

👉 Parce qu’il est essentiel de savoir différencier les types de délinquants au stade initial de la poursuite, s’appuyer sur les connaissances acquises pour choisir une bonne orientation pénale est indispensable.

A défaut, cela peut coûter des vies.

📍 Point n° 9

Délinquance systémique, réponse systémique : ça marche !

Le Nord-Est de l’Angleterre et le Nord de la France partagent une histoire proche.
Fermeture des usines dans les années 70, pauvreté structurelle, fragilités transmises de génération en génération.

La délinquance qui en résulte est systémique : alcool, stupéfiants, temps libre excessif, effets de groupe…

🤔 Face à cette réalité, les praticiens anglais ont construit une réponse innovante, fondée sur des données scientifiques.

👉 Plutôt que de regarder chaque délinquant « en silo », ils ont constitué des réseaux de hashtagpartenaires locaux : élus, éducation, santé, justice.
👉 Des programmes de traitement ont été construits, comportant une partie commune et une partie individualisée, après évaluation complète de chaque personne.

👉 Ces programmes ont été soumis à une accréditation nationale, vérifiée par une commission scientifique internationale, s’assurant qu’ils traduisent bien les données acquises de la science.
👉 Puis, le programme dit « citizenship », créé à Durham à l’aide d’un partenariat entre universitaires et services de probation, a été évalué par une équipe indépendante.

🔎 Les résultats ont été excellents en termes de diminution de la récidive, y compris sur les profils les plus difficiles : les multirécidivistes.

🤝 Diffusé dans d’autres régions, évalué à nouveau : mêmes résultats.

Voilà ce que produit une logique fondée sur des protocoles scientifiques.

🎯 La France peut atteindre ce niveau de rigueur en s’engageant dans la mise en place de tels protocoles d’intervention, qui répondent aux aspects multifactoriels de la délinquance.

Pour y parvenir, la justice française doit s’appuyer sur des chercheurs en mesure de réaliser des évaluations mesurant l’efficacité – ou non- de dispositifs nouveaux.

🎓 Seule la création d’une filière universitaire de criminologie permettra à la France de se doter de ces équipes de recherche.

 

📍 Point n°10

Pourquoi obéit-on à la loi ? A quelles conditions les citoyens respectent-ils la justice et la police ?

🧐 La criminologie internationale a exploré cette question pendant 50 ans, dans des systèmes aussi différents que les services fiscaux australiens, les établissements pénitentiaires néerlandais ou les tribunaux américains.
La réponse est constante.

Les justiciables respectent une institution quand elle leur donne la parole, les traite avec neutralité, impartialité et rigueur, et les assure d’une procédure digne et respectueuse.

Il s’agit d’éléments essentiels pour lesquels chaque maillon du système pénal joue un véritable rôle, comme l’a démontré le psychologue social @Tom R. Tyler dans son ouvrage, Why People Obey the Law (2006).
Il était l’invité de la Cour de cassation, avant la remise du prestigieux prix de Stockholm en criminologie qu’il a reçu en 2024 .

👉 Selon ses travaux, la dissuasion n’est pas le moteur principal de l’obéissance. La qualité du processus décisionnel fondant la légitimité de l’autorité a un impact beaucoup plus important.

C’est ce que l’on résume sous le concept central de « Justice Procédurale ».

Et cela vaut tant pour les auteurs d’infractions que pour les victimes.

🎯 Ce que la criminologie apporte ici est un corps de connaissances précis, testé et éprouvé sur le terrain : des critères de recrutement fondés sur une posture professionnelle optimale, des programmes de formation à la légitimité de la justice, une culture institutionnelle qui va au-delà du seul fonctionnement administratif permettant d’orienter l’activité des services pour en garantir l’autorité légitime.

Et ce savoir existe !
La France dispose des chercheurs, des champs d’application, et de la communauté idoine pour le déployer.

Il lui manque seulement une structure universitaire pour l’organiser et le transmettre à ceux qui en ont le plus besoin.

📍 Point n°14 : Produire de la recherche sur le sol français

La criminologie moderne est une discipline complète. Elle s’appuie sur des théories dites « macro » qui permettent d’expliquer les phénomènes délinquants. Mais elle comprend aussi diverses théories sur des phénomènes spécifiques tels que le terrorisme, la violence domestique, sexuelle, les infractions financières…

Cette littérature permet de :
👉 porter un regard critique sur le fonctionnement des institutions de la chaîne pénale afin de proposer des réformes institutionnelles utiles
👉 structurer le traitement des auteurs et la prise en charge des victimes. Nous savons comment former de façon optimale les praticiens qui interviennent à tous les étages de la chaîne pénale et au-delà.

La science criminologique est disponible.
Mais elle est si considérable qu’il n’est pas réaliste de former les futurs praticiens uniquement au sein de leurs institutions, ni par des diplômes d’université qui restent souvent des approches introductives et incomplètes.

S’il est indispensable d’utiliser les connaissances scientifiques existant, nous devons aussi disposer d’études sur des populations sur le sol français afin de nous assurer de la fiabilité des connaissances scientifiques en France.

Ce n’est qu’à l’université qu’on trouve :
🫴 la densité nécessaire à ces connaissances et les travaux pratiques pour les éprouver
🫴 le niveau de compétences et de connaissances nécessaire pour se tenir à jour de la littérature scientifique internationale
🫴 un cadre éthique, scientifique et matériel solide pour produire les recherches nationales.

Par ex., en France, des services de probation utilisent aujourd’hui un outil d’évaluation des auteurs de violence domestique développé au Canada anglophone : ODARA a été conçu pour être utilisé par policiers et personnels de milieu carcéral/psychiatrique fermé.
Pourtant, c’est au sein des services de probation qu’il est actuellement testé sur notre territoire. Donc en milieu ouvert !
Et cet outil actuariel n’a pas été validé sur des populations françaises !

Les facteurs de risque utilisés varient selon les contextes culturels, économiques, territoriaux. Le score d’un Canadien ne signifie pas nécessairement le même niveau de risque que celui obtenu par un Français.
Les causes fondamentales du crime sont universelles, mais s’expriment dans un contexte donné avec un traitement approprié : c’est ce que la recherche sur sol français permettrait de mesurer.

🙏 Des recherches sont menées dans les universités, mais elles restent à une échelle locale
🎯 Seule une recherche d’ampleur sur le territoire national, menée par des chercheurs issus des acultés de criminologie, permettrait de recueillir et d’analyser des données de manière fiable.

📍 Point n°11

Comment bâtir une politique pénale efficace ?

Grâce à une bonne compréhension des réalités de la délinquance. Il n’y a pas de débat.
Or il est fréquent que les mesures se basent sur une vision partielle des phénomènes criminels. En adoptant au contraire une démarche hashtaginterdisciplinaire donc criminologique, il est possible de concevoir des stratégies cohérentes et adaptées aux défis contemporains.

En France, chercheurs et praticiens de terrain travaillent souvent en parallèle.
Les premiers publient leurs analyses dans des revues académiques. Les seconds interviennent sur des situations concrètes.
Les deux mondes se croisent rarement.

⚠️ Résultat ? Une politique pénale sans dialogue entre savoir et terrain qui repose sur des approximations là où des preuves existent.

🌎 L’expérience internationale nous le dit.
L’ESC UNIL – École des sciences criminelles de Lausanne ou l’École de Criminologie de l’Université de Montréal ont démontré l’intérêt d’une approche intégrée : les chercheurs accèdent à des retours d’expérience concrets, et les professionnels bénéficient d’analyses rigoureuses et de méthodes éprouvées.

2 exemples :
🕵 Le renseignement criminel
Analyser les faits, comprendre les profils, proposer des solutions applicables. Une approche qui mobilise hashtagcriminologie, sociologie, psychologie, doctrines policières débouche sur des dispositifs concrets : le « community policing », l' »intelligence-led policing », la prévention situationnelle. Dispositifs où les chercheurs peuvent intervenir à chaque étape, de la conception à l’évaluation.

💻 La cybercriminalité
Ransomwares, phishing, cyberharcèlement ou diffusion de contenus illégaux obéissent à des logiques spécifiques (financière, idéologique, personnelle).
💡Les avancées technologiques – IA, blockchain, objets connectés – donnent aux criminels divers moyens d’action, mais aux forces de l’ordre de nouvelles pistes de détection/prévention.
Quelles sont les méthodes et les motivations des cybercriminels ?
Seule une approche où les retours de terrain alimentent la recherche, et la recherche éclaire les décisions, permet de porter des politiques à la fois éthiques et efficaces.

🎯 Connaître les formes contemporaines de la délinquance, ce n’est pas seulement collecter des données. Il s’agit de :
👉 mettre en commun les expertises, confronter les idées et favoriser l’innovation
👉 construire des passerelles entre universités et professionnels
👉 développer la connaissance criminologique en créant des filières universitaires de criminologie.

La science criminologique ne peut rester séparée de ceux qui en ont besoin sur le terrain.

📍 Point n°12

Criminologie : vers de nouveaux métiers ?

Lorsqu’on évoque l’amélioration de la réponse pénale française, ce sont les mêmes arguments qui sont invoqués : plus de moyens, plus d’effectifs.

C’est une réponse quantitative à un problème… qualitatif.

Si les problèmes de moyens sont majeurs, ils ne sont pas les seuls.

👉 Le magistrat a besoin d’évaluation pluridisciplinaire sur le risque de récidive et les perspectives d’accompagnement de l’auteur et de protection de la victime pour adopter des décisions adaptées.
👉 L’avocat peut s’appuyer sur ces outils pour plaider et aider à la conduite du processus judiciaire vers la définition d’une peine juste.
👉 Le conseiller d’insertion et de probation peut réaliser ces analyses et les faire évoluer lors de l’accompagnement mis en œuvre pour ajuster la prise en charge.

🎯 Pour cela, chacun des acteurs a besoin d’un socle commun de connaissances criminologiques : une langue partagée entre policiers, gendarmes, magistrats, avocats, personnels pénitentiaires, acteurs associatifs, journalistes spécialisés… qui permettrait de travailler avec les mêmes hashtagréférentiels, sans dénaturer la place de chacun pour une meilleure compréhension de ce qui se joue lors d’un acte de délinquance.

C’est ainsi que sont nés, à l’étranger, des métiers nouveaux.

Par exemple :

  •  l’analyste en enseignement criminel, qui, dans les enquêtes complexes, structure les données de manière intelligible pour aider les intervenants de première ligne à prendre des décisions concrètes;
  •  l’officier de probation enquêteur, qui s’assure, en lien avec les agents de probation que les condamnés respectent leurs obligations;
  •  le « victim liaison officer » qui soutient les victimes – sans compromettre l’enquête – en leur expliquant la procédure et en les assistant jusqu’au prononcé de la peine.

Ces fonctions existent au Canada et au Royaume-Uni. Les bases existent déjà en France.
Elles n’attendent qu’une formation universitaire structurée pour les organiser et s’inscrire dans ce progrès qui vise à améliorer le service public de la justice. .

L’Appel que l’AFC relaie contient précisément cet espoir.
Ce projet est à portée de main.

 

📍 Point n°13:

Criminologie innovante : quel progrès de la recherche criminologique française ?

La France fait partie des rares pays occidentaux sans études longitudinales en criminologie.
Ces études suivent de grandes cohortes pendant des années, parfois des décennies. C’est sur leur base que s’est construite l’essentiel de la connaissance criminologique mondiale.
Les Pays-Bas en ont plusieurs. Les États-Unis en financent un très grand nombre. La Nouvelle-Zélande, avec l’étude de Dunedin, a incarné un vrai leadership.

L’étude multidisciplinaire de Dunedin est une étude longitudinale portant sur 1037 personnes nées entre le 1ᵉʳ avril 1972 et le 31 mars 1973 à Dunedin, en Nouvelle-Zélande. https://lnkd.in/dmxctsgw

Ses résultats ?
👉 + de 1 300 publications scientifiques.
👉 Mise en évidence d’une corrélation entre le niveau de maîtrise de soi mesuré durant l’enfance et divers indicateurs de santé, de réussite socio-économique et de comportement à l’âge adulte.
👉 Analyse des causes de la délinquance juvénile ou des profil des délinquants multi-récidivistes
👉 Devenue une référence mondiale, cette étude a contribué à la lutte pour l’abolition de la peine de mort des mineurs aux États-Unis.

❗ La France ? Elle n’en a pas encore produit.
Cela serait précieux pour lutter contre les défis persistants auxquels la justice fait face. L’actualité en témoigne tous les jours, et aujourd’hui plus que jamais. 😢

Nos données sont insuffisantes notamment sur les auteurs de violences sexuelles, ou intrafamiliales. Les traitements actuellement mis en œuvre en matière de violence domestique ont un « effet nul » d’après méta-analyses de 2020 et 2021.
Les revues de l’institution Cochrane de 2010 et 2020 sur les troubles de la personnalité antisociale documentent une impasse thérapeutique.

2 domaines où la science fait cruellement défaut, où la sécurité publique attend des réponses.

🎯 Pour avancer, il faut de la recherche. Et la France doit pouvoir y contribuer.

L’Appel relayé par l’AFC vise à rattraper son retard, en important ce qui se fait ailleurs, mais surtout en contribuant au développement de la recherche criminologique :
🫴 qu’elle s’appuie sur des propres données
🫴 qu’elle finance des études longitudinales pour mieux cerner les profils de nos délinquants
🫴 qu’elle participe à la compétition scientifique internationale.

Cela ne sera pas possible sans filière universitaire de criminologie, sans chercheurs spécialisés, et sans praticiens formés.

Nous pouvons nous donner les moyens de rattraper notre retard et de retrouver une place de choix en matière de science criminologique.
🚩 Il y a urgence, non ?

📍 Post 15

🎯 Former de manière complète et suffisante

Dix disciplines cousines. Mais aucune faculté.

Chaque semaine, des recherches fondamentales en criminologie sont publiées à l’international. Sur les causes de la délinquance, sur les profils des délinquants, sur les méthodes qui montrent leur efficacité dans le traitement pénal.
Mais ces connaissances n’atteignent pas les praticiens.
La raison est structurelle : sans facultés de criminologie, elles n’ont aucun canal pour rejoindre le terrain.

La criminologie est une science transversale.
👉 Elle mobilise la psychopathologie, la psychiatrie, la psychologie clinique et sociale, le droit pénal, le travail social, l’histoire, l’anthropologie, les neurosciences, les sciences de l’éducation…

La criminologie est une science interdisciplinaire.
👉 Ces disciplines se parlent entre elles et font émerger des hypothèses, des pistes de réflexion inspirées.

❗ Autant de champs qui exigent une formation complète, progressive, cohérente. Un socle.
Former un criminologue en quelques heures d’introduction revient à former un psychologue en un semestre. Ce n’est pas former, c’est seulement sensibiliser. C’est bien, mais insuffisant.

L’Association Française de Criminologie défend la création de facultés de criminologie avec un parcours structuré : 3 ans de licence en tronc commun, puis 2 ans de master de spécialité, qui pourront répondre aux besoins des professionnels de la justice, de la police ou de la probation et du traitement de la délinquance.

Des facultés permettant des travaux pratiques (ou TD) pour former à une hcriminologie appliquée, donnant accès aux connaissances scientifiques internationales.

Le terrain en a besoin. La science est disponible.
Les facultés de criminologie, c’est le chaînon manquant qui feraient le lien. ⛓️‍💥

📍 Point n°16

Faut-il donner un exemple d’actualité ?
Un fait divers horrible, médiatisé. Et dans les heures qui suivent, une annonce de durcissement pénal.
Même solution. Même priorité.
Même inefficacité.

Ce mécanisme est documenté. La sociologie électorale a établi que se montrer « dur contre le crime » favorise un gain de suffrages. Peu importe que les mesures annoncées aient démontré leur efficacité.

🧐 Ce que la recherche montre, en revanche c’est que la hausse des taux d’incarcération, notamment pour des primo-auteurs d’actes non violents présentant de bonnes garanties de non récidive , est paradoxalement associée à une hausse des taux de récidive. Le choix de la prison favorise les carrières criminelles que des réponses alternatives auraient pu désamorcer.

🤔 Pourquoi cette distorsion de la réalité ? Parce qu’on ne traite pas les causes du phénomène qu’on prétend enrayer.

Autre exemple qui va dans le sens inverse de l’idée dominante : il est souvent prétendu que l’insécurité croît, les crimes sont plus fréquents, la société plus dangereuse.
Or, en France, le taux de meurtres baisse de manière continue depuis les années 1990.

L’étude sous l’angle médiatique met en évidence le modèle économique de nombreux médias : les informations, même en faible nombre, sont fortement relayés et marquent les esprits.
Les médias remplissent ainsi une fonction de rappel de la norme en suscitant l’indignation collective. Mécaniquement cela accentue la visibilité de la délinquance et masque l’essentiel d’un quotidien beaucoup plus banal.

🎯 La criminologie critique vient ici relativiser ce discours et déconstruire ses présupposés erronés.

Remettant en question les conceptions traditionnelles du crime, et plus largement de la déviance et de la justice pénale, la criminologie critique analyse le caractère socialement construit des phénomènes influencés par les inégalités économiques, politiques et culturelles.

Elle apporte une réflexion profonde à l’action publique :
👉 dans ses pratiques, en identifiant les besoins et spécificités de ses publics,
👉 en termes d’évaluation des politiques pénales tant dans leur élaboration que dans leur mise en œuvre,
👉 d’un point de vue éthique en considérant les dimensions socio-culturelles et politiques des dynamiques criminelles.

Voilà une approche critique qui constitue un important levier de changement organisationnel.

La création de facultés de criminologie permettrait de donner un espace aux approches théoriques critiques, qui aident à lutter contre les stéréotypes fondant certaines décisions de politique pénale.

📍 Post 17 : Donner un avenir aux doctorants

Ce n’est pas pour les vacances que les doctorants partent, mais pour se trouver un avenir !

L’absence de faculté de criminologie a un effet largement ignoré qui a des incidences directes sur l’état de la recherche en France.

🧐 Le doctorant qui souhaite s’engager dans une thèse sur un sujet criminologique est contraint de s’inscrire dans une faculté… de droit, de psychologie ou en sociologie par exemple. Il doit choisir une discipline existante… bien que son sujet soit pluridisciplinaire !

👉 Inscrit en droit, son jury attendra qu’il traite le sujet sous un angle juridique et qu’il réponde aux exigences de la discipline qui diffèrent des standards internationaux de la criminologie.

👉 Il ne pourra pas mener d’analyse de terrain avec les praticiens.
Il ne pourra pas recueillir ses données à partir d’entretiens.
Il ne pourra pas éprouver son hypothèse de travail et comparer ses données avec d’autres recherches.
C’est pourtant précisément ce que la criminologie internationale pratique.
Ce que les revues de référence valorisent et publient.
Car c’est ce qui fait progresser le champ des connaissances scientifiques.

Pour que des travaux puissent être publiés au niveau international, il doit respecter cette transdisciplinarité, citer l’ensemble de la science criminologique portant sur leur sujet, parue dans des revues solides et utilisant des méthodologies rigoureuses.

🤔 En France, la pluridisciplinarité est donc un obstacle à l’obtention de la qualification dans sa discipline d’origine pour pouvoir enseigner à l’université.
Cette qualification doit émaner d’une section du Conseil National des Universités CNU
Aucune section n’existe pour la criminologie.

❗ Beaucoup de doctorants choisissent la Section 01 Droit pénal et sciences criminelles, mais on leur tiendra rigueur d’un manque de technicité juridique

❗ De nombreux doctorants français partent pour faire leur thèse. La plupart restent dans leur pays d’accueil (Canada, Belgique, Angleterre…) et aujourd’hui enseignent la criminologie.

Ces chercheurs ont été formés en France. Ils sont les criminologues de demain et ils ne reviendront pas.

💡 C’est pourtant possible ! Une nouvelle section vient d’être créée pour les infirmiers et pour les kinésithérapeutes.
😢 Pourquoi la science criminologique, reconnue internationalement, n’a pas encore obtenu le même traitement ?

🎯 Seule la création d’une filière universitaire de criminologie, avec les parcours et les instances de qualification qui permettraient à ces chercheurs de développer la recherche sur notre sol.
Que la France émerge enfin sur la scène internationale.

 

🎯 Réduire la délinquance sexuelle par un traitement adapté ou ou des réformes juridiques ?

Le droit ne suffit pas.

Dans la continuité des mouvements MeToo, un projet de loi intégrale a été déposé pour lutter contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants.

Nécessaire. Tout comme l’introduction de la notion de consentement de la définition pénale du viol. Cela a un impact fort sur les représentations sociales.

Mais une chose est certaine : aucune modification textuelle ne peut, à elle seule, prévenir la délinquance sexuelle.

🏛 Dans l’affaire de Mazan par exemple, les complices de Dominique Pélicot ont eux-mêmes décrit leur passage à l’acte comme une absence de contrôle, une incapacité à réfléchir aux conséquences de leurs actes.

Si ce facteur d’impulsivité, sans considération des conséquences, est le facteur le plus largement validé par la communauté scientifique en matière de délinquance, aucune réforme législative n’est à même de réduire l’impulsivité de quiconque.

💡En revanche, une prise en charge fondée sur les données acquises de la science permet de :
🫴 mieux cibler le profil de l’agresseur,
🫴 discriminer les facteurs sur lesquels intervenir pour prévenir la récidive
🫴 et développer des programmes d’accompagnement adaptés.

Cette connaissance existe. Elle est robuste.

Mais elle est insuffisamment mise en œuvre et reste invisible là où les décisions se prennent … faute de formations, d’une chaire universitaire, de facultés dédiées.

Passer d’une politique pénale guidée par l’émotion médiatique ou des biais idéologiques, à une politique fondée sur la hashtagscience suppose que cette connaissance soit transmise : aux professionnels de la justice, aux décideurs, à l’opinion publique.

Diffuser des savoirs scientifiques, qu’ils soient discutés, pensés, éprouvés. Qu’ils imprègnent le débat public.

C’est ce que nous appelons à construire.

Catégories : ACTU AFC

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